Mon arbre par Mlle Bé | CC by-nc-sa | Flickr

La généalogie expliquée à ma cousine

Chère cousine,

Il y a trois mois, tu es venue me faire part de ton intérêt naissant pour la généalogie. Ton cas aurait pu être le même que celui de millions d’autres jeunes chasseurs d’ancêtres. Ton histoire personnelle fait qu’il n’en est rien. Fille adoptée née à l’autre bout du monde (ou presque), tu as décidé d’étudier l’ascendance de tes parents adoptifs. Cela donne à tes recherches d’autant plus de saveur.

Quoi qu’il en soit, et quelles que soient tes motivations conscientes ou inconscientes, permets moi de te guider. Je ne te parlerai pas de méthode, ni de technique. Elles ont été maintes fois décrites et, si tu le souhaites, tu sais où me trouver. Je tiens juste à te donner quelques modestes enseignements.

Le premier d’entre eux est sans doute le plus important. Ne cherche rien et tu trouveras tout. Si tu cherches quelque chose, il y a de fortes chances que tu ne trouves rien.

Par dizaines, par centaines, par milliers, tes ancêtres ont vécu. De leur naissance à leur décès, ils ont mené leur barque dans le cadre de leur époque. Ils ont probablement mis en oeuvre tous leurs atouts pour exister dans les limites sociales, économiques et politiques qui leur ont souvent été imposées. Bref, ils furent simplement des hommes et des femmes de leurs temps. Depuis des siècles, chacun a avancé à sa manière, choisissant d’emprunter un chemin plutôt qu’un autre. Arrivés au terme de leur vie, ils ont transmis le témoin à la génération suivante qui a, plus tard, fait de même. Aujourd’hui, tu es la dépositaire de ce témoin. Tu as ta propre vie à faire, ton propre chemin à tracer, mais tu ne peux partir que de l’endroit où tes prédécesseurs sont arrivés. Tu dois donc accepter cet héritage.

Si tu ne l’acceptes pas et que tu cherches à modifier l’héritage pour qu’il ressemble à ce que tu souhaites, tu seras vite déçue de constater que ce n’est simplement pas possible.

En revanche, si tu l’acceptes, tu découvriras la multiplicité de ceux qui t’ont précédée. Paysans (toujours), artisans (souvent), bourgeois (parfois) et nobles (rarement), au fil de ton arbre tu découvriras la richesse de la société française à travers les âges.

Outre l’humilité, donc, il te faudra aussi apprendre la patience et la persévérance. La généalogie n’est pas un loisir facile. Il faut y consacrer du temps. Beaucoup de temps. Le généalogiste est un détective de l’histoire, et retrouver un ancêtre relève parfois de l’enquête policière. Tu devras en permanence explorer des pistes, trouver des indices, des témoignages, faire fausse route, trouver de nouveaux indices, découvrir de nouvelles traces pour parvenir enfin à l’étape suivante (ou plutôt précédente dans notre cas) et… recommencer. Dans ce travail, l’échec même est un pas en avant.

Bien entendu, tout comme moi, tu commences la généalogie à une époque où internet a pris une place prépondérante dans ce loisir. De plus en plus de départements ont mis une partie de leurs archives en ligne. Tes recherches seront donc plus rapides qu’elles ne l’auraient été il y a de cela 10 ans. Mais tu te rendras vite compte que les documents mis en ligne sont, à un moment ou à un autre, insuffisants pour progresser ou pour comprendre la vie de tes ancêtres. Inévitablement, tu te rendras un jour dans un dépôt d’archives. Tu devras donc prendre beaucoup plus de temps que sur internet, et tu trouveras moins facilement les réponses cherchées. Mais je peux te garantir que, de toutes les satisfactions que peut ressentir le généalogiste, celle de tourner précautionneusement les pages manuscrites d’un registre rédigé plusieurs siècles auparavant est de loin la plus forte. Tu auras alors l’impression, pas tout à fait fausse, de tenir l’histoire entre tes mains.

Enfin, tu découvriras que le généalogiste n’est pas seulement un collecteur d’informations. Il est aussi distributeur et partageur. A l’inverse de la fourmi du fabuliste, plus le généalogiste a amassé d’informations, plus il a tendance à les partager. N’hésite pas à solliciter cette aide. Non seulement, tu progresseras dans tes recherches, mais, surtout, tu pénètreras ainsi dans un monde de collaboration et d’échange. Bientôt tu proposeras toi-même ton aide, renseigneras, documenteras, feras progresser d’autres généalogistes. Tu deviendras un maillon de la chaîne en participant au concept le plus important pour les généalogistes, celui qui les fait avancer depuis des décennies : l’entraide bénévole.

Fais tiens ces quelques préceptes que sont l’humilité, la patience, la persévérance, et l’entraide, et tu connaitras toutes les joies que peut ressentir le généalogiste.

D’ici là, je te souhaite, ou plutôt : nous te souhaitons tous, la bienvenue en Généalogie.

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18 commentaires

  1. Raphaël a dit :

    Bravo, tout simplement. Un texte limpide :)

  2. ne trouve pas le bouton « J’aime » ;-) !

  3. Je suis du même avis que Raphaël.
    Très beau texte. Bravo :-)
    Nicolas

  4. MALANDAIN a dit :

    Super, je ne savais pas comment m’exprimer pour dire comment je ressentais la généalogie, voilà c’est fait!!! et bien dit….

  5. Jimbo a dit :

    Comme quoi, la simplicité est bien souvent la meilleure manière de faire passer quelque chose.

    Voila résumé en quelques phrases notre bonheur quotidien.

    Merci pour ce petit moment de plaisir à la lecture

  6. Sophie a dit :

    Point de mots savants, simplement les mots du cœur. Bravo :))

  7. Jordi a dit :

    Je suis content que le texte vous plaise. Cela montre que je suis loin d’être le seul à avoir cette vision de la généalogie ;-)

    • PERRIN JACQUELINE a dit :

      Bonjour, Je découvre ce blog et je suis ravie de voir cette  »définition » de la recherche généalogique. Lorsque j’expliquai ce sentiment à mon entourage, j’avais l’impression d’être une extra terrestre. Il semble que nous soyons assez nombreux sur cette longueur d’onde.
      Bonne continuation en 2011. Jacqueline.

      • Bernard HERROU a dit :

        Pour répondre à Jacqueline, il y a en France, environ 1 généalogiste dans deux foyers sur trois, soit aux alentours de 20 millions de généalogistes amateurs. Il y a 34 millions de Foyers en France. Il est souhaitable que ces 20 millions de généalogistes soient membres adhérents de cercles de généalogie (ne donnant pas les relevés à généalogie.com et autres). Il y a au moins un cercle de Généalogie par Département et des Cercles de Généalogie Régionaux, sans oublier les Cercles de Généalogie d’Entreprises (Ministères, Banques, EDF-GDF et autres entreprises), certains de ces Cercles de Généalogie d’Entreprises sont regroupés au sein de l’Union des Cercles de Généalogie d’Entreprises (U.C.G.E. fédéré à la F.F.G.). C’est l’U.C.G.E. qui organise le Congrès National de Généalogie qui se tiendra à Lille, au Grand Palais les 3,4,5 Juin 2011 (Week-end de l’Ascension). N’oubliez pas qu’un généalogiste membre adhérent d’un cerle de généalogie est une force, un généalogiste isolé est une proie.
        Avec tous mes meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2011, de bonne santé et de fructueuses découvertes généalogiques.
        Cordialement
        Bernard Herrou

  8. Elisabeth VAILLEN a dit :

    Bonjour

    Je suis tout à fait d’accord avec tout ce que vous venez d’exposer. J’éprouve également le même ressenti. C’est une vision de la généalogie.
    Dans les faits, la généalogie sur internet est un véritable confort, les recherches progressent très vite : Mais combien de généalogistes franchissent le seuil des archives pour accéder à des documents pas toujours accessibles au premier abord (archives notariales par exemple …?
    La généalogie d’aujourd’hui semble être tournée vers internet : archives départementales et COMMUNALES en ligne. La généalogie de demain ? les listes de discussion n’ont, semble-t-il plus la côte (cf un article sur FGW je crois), les archives sont-elles victimes de leur succés (mise en ligne) leur fréquentation va-t-elle diminuer, est-elle en train de diminuer?
    Le défi de demain n’est-il pas de revenir ou de venir dans les dépôts d’archives, pour y découvrir d’autres sources archivistiques ? Y développer une entraide différente de celle que nous connaissons ?

    • HERROU a dit :

      Je ne penses pas que ce soit la fin des listes de discussions, pour la bonne raison que tout ne sera pas numériser, parce que les Archives Départementales, ce sont quelques 3500 km de documents en linéaire. Les Archives Départementales des Yvelines, c’est 32 km de documents en linéaire. En Généalogie tous les documents classés par des lettres voir sous double lettres de A à Z servent.
      L’entraide continuera avec des bénévoles.
      Amitiés
      Bernard Herrou (en Yvelines sous la neige)

      • Jordi a dit :

        Bernard, tu as totalement raison.
        Nous, les généalogistes, avons trop souvent tendance à dire « les archives de tel département sont en ligne », alors qu’il ne s’agit en fait que de l’état-civil soir probablement 1% du métrage linéaire d’un service départemental.
        Les autres séries ou fonds peuvent renfermer de véritables merveilles pour nos recherches. Avoir mis l’EC en ligne devrait nous inciter à explorer tout le reste.

  9. David a dit :

    C’est simple mais beau :-)
    Une lettre qu’on devrait envoyer à tout généalogiste débutant ses recherches, pour ne pas le décourager.

  10. Nicole MINOT a dit :

    Merci pour ce beau texte, vous exprimez parfaitement ce que doit être une recherche généalogique.
    Même si internet nous permet d’accéder à des documents que nous n’aurions pu consulter à cause de l’éloignement , rien égale l’émotion que l’on ressent en tournant les pages des registres ou les liasses notariales, et cette émotion est aussi vraie lorsqu’on cherche pour soi que pour une personne que l’on ne connaîtra jamais .
    Etre en contact réel avec son passé.

  11. Fred a dit :

    Wahou !
    Bravo ! Permission de partager via Facebook ?

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