On Guard | Paxie | Flickr| CC by-nc-sa

De quoi Ory-Lavollée est-il le nom ?

Il est des gens qui aiment parler doctement de sujets qu’ils ne connaissent pas. Il en a toujours été ainsi, c’est probablement dans la nature humaine.

Cela pose problème en revanche lorsque ce « docte parleur » est censé donner les orientations politiques d’un secteur dont, précisément, il n’a aucune connaissance.

Monsieur Ory-Lavollée, fait-il partie de cette catégorie de personnes ? Ainsi, dans un article fort intéressant du numéro 190 de la Revue Française de Généalogie, nous fait-il l’édifiante déclaration suivante :

Faire des sites web avec de grosses bases de données, ce n’est pas le même métier que de gérer des archives. Les institutions sont en général plus douées pour la conservation et l’analyse scientifique que pour la diffusion, la présentation simple et pédagogique, l’ergonomie, la communication…

Ou comment, en deux phrases, se mettre une grande partie des archivistes à dos. Revenons tout d’abord sur Bruno Ory-Lavollée. Ancien directeur général de l’ADAMI, aujourd’hui conseiller maître à la Cour des comptes, il a été missionné en tant qu’expert pour émettre un certain nombre de propositions dans le cadre de la réutilisation des données publiques numériques. Le groupe de travail qu’il a constitué a, par la suite, rendu un rapport, qui n’a été publié que très récemment et dont j’ai déjà parlé ici. Pour faire simple, ce rapport (connu sous le surnom de rapport Ory-Lavollée) fixe de grandes orientations dans la politique de réutilisation du patrimoine culturel numérique. C’est notamment dans ces pages que l’on trouve la préfiguration des actuelles licences de plus en plus proposées par les services d’Archives.

Bien entendu, ce rapport ne vient pas de nulle part. Si le groupe de travail a été constitué, c’est que le ministre de la Culture avait été saisi par la Direction des Archives de France ((devenue depuis Service Interministériel des Archives de France)), elle-même interpellée par certains services d’Archives qui étaient sollicités par des sociétés de généalogie ((la directive de 2005 était en effet passée par là)) . La célèbre « commission Ory-Lavollée » a été créée à l’initiative d’archivistes. Il est donc désolant de constater qu’un expert missionné en grande partie pour les archivistes ((même si son rapport est beaucoup plus large)), ne connaisse rien au métier d’archiviste. Car pour oser dire que les archivistes sont plus doués pour la conservation que pour la communication, il faut ignorer quel est le travail quotidien du personnel des Archives.

Rappelons donc ici quelles sont les quatre missions de l’archiviste, que l’on enseigne à tout étudiant dès ses premiers cours ((sur ce coup-là, vous pouvez me croire…)), mais que toute personne fréquentant des dépôts d’archives connait, de manière plus ou moins consciente. L’archiviste est là pour :

  • Collecter
  • Classer
  • Conserver
  • Communiquer

Dans ces fameux « 4 C », la mission de communication est la seule qui vient justifier les 3 premières. Si, depuis l’apparition des archives, l’archiviste collecte, classe et conserve, c’est dans le seul but de communiquer.  La communication est la seule justification de la conservation.

La communication constitue donc le coeur de métier de l’archiviste. Entendre un « expert » nier la compétence des archivistes en matière de communication revient à l’entendre nier la justification même de ce métier. Monsieur Ory-Lavollée relègue par ses propos les archivistes à un simple rôle de gardiens d’un patrimoine qu’ils conserveraient certes très bien, mais qu’ils seraient incapables de valoriser. Les archivistes apprécieront (voir d’ailleurs ici, ici et ici)…

On Guard ( Paxie | Flickr| CC by-nc-sa)

L'archiviste selon Ory-Lavollée : un gardien incapable de communiquer (On Guard | Paxie | Flickr| CC by-nc-sa)

Mais il me semble tout de même étonnant que Monsieur Ory-Lavollée soit à ce point ignorant du métier d’archiviste. Après tout, voilà maintenant plusieurs années qu’il fréquente des conservateurs du patrimoine, notamment dans le cadre de l’établissement de son rapport. Cette ignorance ne serait-elle pas un prétexte ?

Il nous faut en effet poursuivre la réflexion et ne pas nous arrêter à cette énormité. Car, si les archivistes ne valorisent pas le patrimoine, qui peut le faire ? Monsieur Ory-Lavollée nous livre joyeusement la solution à la phrase précédente :

Il existe une alternative, faire numériser par un opérateur privé, en échange d’une licence.

Voici donc la vérité. L’ignorance du métier de l’archiviste et la négation de ses compétences n’étaient que le moyen d’apporter une solution toute faite : les institutions préservent, le privé numérise et diffuse. Chacun son métier et les profits seront bien gardés.

Pour la première fois, la volonté de privatiser une partie du service public rendu par les Archives est écrite noir sur blanc.

Au fait, ce « marchandage à la licence » n’est-il pas exactement ce que certains avaient prédit ?

Enfin, une dernière question me vient à l’esprit. Peut-être aurez-vous la réponse. Quel opérateur privé détient à la fois la capacité de numériser et celle de diffuser des millions d’images d’archives ? Quel opérateur privé est justement à la recherche d’une licence financièrement intéressante ?

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...


Categories:Archives
Mots-clé: , ,

17 commentaires

  1. Archives masala a dit :

    176 millions de pages et 1 million d’images numérisées et mises en ligne par les services d’archives publics français.
    1,4 milliard de pages vues et 24 millions de visites en 2009 sur les sites Internet de ces services d’archives.
    projets innovants du Web 2.0 et du Web participatif : indexation collaborative (10 services d’Archives départementales), SIG, tutoriels interactifs de paléographie, serious games, convention avec Wikimedia, expositions virtuelles, développement d’interfaces de consultation user-friendly, etc.
    participation à des portails destinés à diffuser gratuitement et au plus grand nombre les données culturelles (Collections, Européana, APEnet, BnSA, etc.),
    expérimentations en Web sémantique.
    (n’hésitez pas à cliquer sur tous ces liens, ce sont de vrais exemples de vraies réalisations de vrais services d’archives, n’en déplaise à M. Ory-Lavollée)

  2. Patrick a dit :

    Il est à noter qu’en dehors du Landerneau généalogique et archivistique, ce débat ne fait pas recette. Les Français ont d’autres soucis.

    Mais je vous rappelle que la France est une démocratie où tout un chacun a le droit d’exprimer son opinion. Votre vision est tout à fait élitiste en ceci qu’elle dénie à tout individu non archiviste le droit de s’exprimer sur le rôle et le fonctionnement des services d’archives de notre bon pays.

    Si tout en conservant l’accès actuel aux services d’archives on pouvait avoir un accès payant permettant à tous ceux qui n’ont pas faits de hautes études de s’y retrouver dans le maquis des informations, on ferait un pas en avant.

    Mais la notion de service public au sens de faciliter l’accès au plus grand nombre n’est pas une préoccupation des archivistes.
    Patrick, citoyen

    • Jimbo a dit :

      Je pourrais vous rétorquer que la France est aussi un pays où tout le monde a un avis autorisé. Le seul problème, c’est qu’il y a environ 66 millions d’avis, et bien entendu, ils sont tous différents.

      Que Mr ORY-LAVOLLEE donne son avis, il n’y absolument rien de choquant. Ce qui est plus gênant, c’est quand ses conclusions vont donner le schéma directeur de l’avenir des archives.

      Si demain, je viens dans votre commune et me met à décider ce qui sera bien dans votre commune au niveau architectural, alors que je ne suis pas architecte, je suis sur qu’en tant que citoyen, vous serez le premier à vous insurger.

  3. Pascale Verdier a dit :

    @ Jordi : merci pour cet article revigorant.
    @ archives Masala : merci aussi pour avoir relayé ces expériences.
    @ Patrick : vous écrivez que « Si tout en conservant l’accès actuel aux services d’archives on pouvait avoir un accès payant permettant à tous ceux qui n’ont pas faits de hautes études de s’y retrouver dans le maquis des informations, on ferait un pas en avant. »

    Je suis absolument d’accord avec vous ! Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, je crois qu’un accès nominatif répond effectivement à une demande sociétale. J’ai expliqué pourquoi les AD ne le faisaient pas – au mieux (et certaines le font), elles travaillent avec les bénévoles et les associations : parce qu’elles ne peuvent pas garantir la fiabilité scientifique de ce travail, au-delà des éventuelles atteintes aux libertés individuelles. Et aussi parce que ce n’est pas dans leurs missions fondamentales.

    La réutilisation des informations publiques permettra sans doute que les deux coexistent : l’accès gratuit sur les sites des AD, où l’internaute réalisera lui-même sa recherche, et l’accès payant sur certains sites, où on tapera un nom dans un moteur de recherche.

    Mais pourquoi dénigrer de cette manière, comme dans cet article, le travail réalisé, en matière d’action culturelle, par les archivistes depuis 60 ans ?
    Pourquoi qualifier nos sites de « catastrophiques », sans étayer ce jugement terrible ? En quoi le privé ferait-il mieux que le département du Bas-Rhin pour la visulalisation de l’état civil ? Pourrais-je le savoir, ne serait-ce que pour progresser ?

    De quel droit asséner cela ? Pourquoi attaquer systématiquement la profession des archivistes de cette manière injuste ? Quel est le problème exactement ? Nous mettons en place licences et régglements. Pourquoi ne pas également reconnaître nos mérites en terme de diffusion ?

    Savez-vous, Patrick, combien de visiteurs sur le site de l’état civil numérisé du Bas-Rhin en moins de 4 mois ? 300 000, soit l’équivalent des visiteurs d’une exposition temporaire au Louvre. Alors, quand vous écrivez que « faciliter l’accès au plus grand nombre n’est pas une préoccupation des archivistes », je ne comprends pas et là je ne vous suis pas.

    Je crois que si, c’est une de nos préoccupations. Sinon, nous n’aurions rien numérisé du tout. La moitié des départements a mis en ligne l’état civil et les registres paroissiaux, c’est à dire les documents qui intéressent le plus le public… comment peut-on dire que els demandes du public nous indiffèrent ?

  4. Roger Lager a dit :

    « Il est à noter qu’en dehors du Landerneau généalogique et archivistique, ce débat ne fait pas recette. Les Français ont d’autres soucis. »

    C’est bigrement vrai, c’est pourquoi Jordi a choisi de publier sa note sur un blog consacré à la généalogie, il eût été malvenu de le faire sur un blog de cuisine. Bravo pour ta sagacité Jordi.

  5. Jordi a dit :

    Bonjour Patrick,

    Je voulais vous réponse plus tôt, mais je n’en ai malheureusement pas eu le temps.
    Ceci dit, je vois que tous mes arguments ont été donnés par les autres commentateurs.

    Je ne vais donc faire que résumer :
    – Il y a effectivement des problèmes beaucoup plus graves que les propos de M. Ory-Lavollée. Ce n’est pas une raison pour ne pas les relever. Par ailleurs, ce blog est assez spécialisé, et je n’y parle que de problématiques généalogiques et/ou archivistiques. Y aborder la réforme des retraites ou le problème de l’emploi chez les jeunes diplômés serait hors-sujet.

    – Tout le monde a le droit, voire le devoir, de s’emparer de tous les débats. C’est d’ailleurs ce que je fais ici. Je ne suis pas encore archiviste, et j’ai commencé à aborder ces problématiques avant même d’avoir l’idée de me reconvertir. Cependant, n’avoir aucune connaissance d’un sujet pour lequel on doit émettre les grandes orientations me pose tout de même un problème.

    -Faciliter l’accès au plus grand nombre est précisément la préoccupation permanente des archivistes. Pour vous en convaincre, je ne saurais trop vous conseiller de lire le très bon article d’Archives_Masala : http://archivesmasala.wordpress.com/2010/10/05/nen-deplaise-a-monsieur-ory-lavollee/

  6. Jean a dit :

    Les déclarations de M. Ory-Lavollée sont d’une rare mauvaise foi, il faut bien le reconnaître. Elles tiennent plus d’une partie de billard à trois bandes, dont l’élaboration des bases de données, pour lesquels les archivistes professionnelles seraient incompétents selon lui, n’est qu’un des aspects d’un mouvement plus profond de déstabilisation du secteur public en faveur du secteur privée.

    Cette déstabilisation n’en est à mon avis qu’au début de son déploiement et portera sans doute bientôt plus loin que le simple volet communication. On note d’ailleurs de plus en plus que les administrations sont séduites par les démarches des entreprises privées pour le classement et le stockage de leurs documents, séduites aussi par la mise en place d’archivages électroniques (euh pardon de GED, euh non de… On ne sait jamais trop quoi en fait), et sans doute bientôt plus. Pourquoi faire gratuitement ce qu’on peut faire en payant. Notre société étant séduite par la vacuité des choses, cela apparaît plus sérieux de payer un intervenant extérieur qui aura déployé en avant-garde ses plus efficaces commerciaux au langage aussi bien repassé que leur chemise. Déployant à coup de powerpoint et de beaux camemberts, un discours sur-mesure pour nos décideurs qui, ne connaissant de toute manière rien aux archives, seront séduits par tant de papiers glacés. La vieille corporation des archivistes se laissera-t-elle balayer aussi facilement par des sociétés commerciales aux idéaux moins nobles… Gageons que non. Les archivistes publics n’auront sans doute aucun mal à défendre leur bilan.

    Mais M. Ory-Lavollée et ses amis, en secouant le cocotier de cette vieille corporation, permettra peut-être aussi à celle-ci d’accélérer son adaptation à la société. Beaucoup d’archivistes publics n’ont pas encore compris que leurs lecteurs ne sont plus les bons vieux érudits d’antan, fins connaisseurs des fonds et des documents, interlocuteurs bienveillants et patients, défricheurs de liasses et explorateurs infatigables des richesses des fonds publics. Aujourd’hui le public des archives consomme l’information, et comme tous consommateurs il a des exigences qui pour les archivistes sont totalement nouvelles. Le lecteur débarque à la recherche d’un document précis et n’à que faire des fonds, série et sous-série qui font la fierté des archives publiques. Ce lecteur n’à que faire des beaux instruments de recherche savamment et patiemment élaborés pour expliquer le fonds, sa genèse, son organisation, son classement. Le lecteur veut l’information qu’il recherche, un point c’est tout.

    Alors, il n’est pas question pour moi de dire que l’archiviste doit abandonner ses techniques de gestion et de classification des fonds, mais en revanche, il doit faire un effort considérable pour adapter son langage à la demande des lecteurs et se concentrer sur son dialogue avec ces derniers plutôt que de mener des batailles sur les virgules et point-tiret dans les descriptions de documents (les archivistes sauront de quoi je parle) dont les subtilités échappent à tous. Là aussi, je ne suis pas pessimiste, car l’archiviste public mène sans cesse un travail pédagogique en direction aussi bien des administrations que des lecteurs. Mais il ne doit pas hésiter à lâcher prise sur d’anciennes postures héritées de temps plus anciens.

    De la même manière, l’archiviste public doit aujourd’hui aller plus loin dans le service qu’il offre aux administrations. Il doit être plus qu’un prescripteur de bon conseil et qu’un contrôleur lointain de stock. Il doit être acteur à côté des administrations et leur apporter motivation, impulsion, et démonstration concrète des bienfaits d’une bonne gestion des archives.

    • l'espiégle a dit :

      Je suis d’accord en grande partie avec ce monsieur Jean…. mais celaa semble être des propos de cadre qui en veut aux archivistes d’un certain âge et peut être supérieur hiérarchique!! 🙂 . Ne pas oublier que les archives existent depuis lomgtemps et qu’elle existeront encore après… et que c n’est pas parcequ’il ya des nouvelles technologies qu’il faut oublier le travail ancien des archivistes sans quoi les archives ne seraient pas ce qu’elle sont ! Il ne faudrait pas tomber dans l’administratf à outrance!!
      bien cordialement et archivistiquement

    • Juste un point par rapport à ce que dit Monsieur Jean sur la question de l’information diffusée par les Archives et sur la manière dont elle est diffusée parfois.

      Le site des AD du Tarn est bien fait mais il a encore des défauts, à mon sens énormes, dans sa manière de communiquer l’information.

      Quand les documents n’étaient pas numérisés, à l’époque donc de l’inventaire papier, vous pouviez trouver pour chaque paroisse des registres en 1E et 2E (collection communale et collection du greffe) avec les dates pour chaque registre. Vous saviez donc, par exemple, que Arthès avait une paroisse sous le patronage de Saint Pierre et que les registres allaient de la fin du XVIe à 1792. C’était clair pour tout le monde, Tarnais ou pas, il me semble.

      Les documents ont été numérisés et mis sur Internet. Et là complication. Dans le site, les noms de toutes les paroisses annexes ont été renvoyés dans un document PDF et vous trouvez les documents au nom de la paroisse principale.

      Revenons sur notre paroisse d’Arthès. Saint Pierre est une paroisse annexe de Saint Michel de Lescure. Sur le site, quand vous cherchez Arthès, vous avez en intitulé non plus Saint Pierre d’Arthès, ce qui aurait semblé logique, mais Saint Michel de Lescure.

      Imaginez maintenant un non-Tarnais français, un Canadien ou un Américain qui a ses ancêtres sur la paroisse d’Arthès. S’il voit Saint Michel de Lescure, va-t-il cliquer dessus ? Ou bien va-t-il se dire qu’il n’existe aucun registre ?

      C’est bien expliqué, juste avant de vous connecter, mais qui le lit ?

       » Aujourd’hui le public des archives consomme l’information, et comme tout consommateur il a des exigences qui pour les archivistes sont totalement nouvelles. Le lecteur débarque à la recherche d’un document précis et n’a que faire des fonds, série et sous-série qui font la fierté des archives publiques. Ce lecteur n’a que faire des beaux instruments de recherche savamment et patiemment élaborés pour expliquer le fonds, sa genèse, son organisation, son classement. Le lecteur veut l’information qu’il recherche, un point c’est tout.  »

      Trouve-t-il l’information rapidement ?

      Imaginez maintenant une société privée qui fait indexer à l’étranger (Madagascar ?) des registres numérisés du Tarn. Elle a obtenu l’autorisation en payant une licence. Quelle information sera diffusée ?

      Ce n’est qu’un exemple, à partir d’un site que j’utilise beaucoup.

  7. Isabelle a dit :

    Bonjour,

    je suis d’accord avec Stéphane. Je me place du point de vue des utilisateurs, je les connais un peu pour m’occuper d’une association (dont le rôle a été évoqué). Je pense qu’on ne peut nier le fait que certains services d’archives sont moins pédagogues que d’autres et ont du mal a dégager une présentation claire, simple qui tendrait à rendre la navigation de l’utilisateur efficace.
    Outre les problèmes de nom de paroisse qu’il évoque que dire de l’état civil en ligne présentant des lots de 1500 à 2000 vues, années et tout type d’acte mélangés, sans autre indication que BMS et NMD de 1650 à 1883?

    Et là oui danger, car s’il ne trouve pas l’information tout de suite, l’utilisateur fonce sur ces relevés et autres index (produits par des sociétés ou par des associations et plus ou moins bien faits) quitte à payer.
    Il y a de plus en plus de généalogistes, d’accord, mais qui sont-ils ? Dans notre association, je dirais qu’il y en a 5% qui savent utiliser d’autres sources que l’état civil. Et pourtant, tous se disent généalogistes et travaillant depuis 1, 2 … 5 annés, même davantage. Manque de curiosité ou autre problème ? Certainement un peu des deux.

    Pour en parler avec eux, le monde des AD est tout à fait nébuleux, inquiétant même : je ne vais pas aux AD car je ne vais pas savoir comment faire. Certes le personnel en salle de lecture peut aider très gentiment, mais parfois très désagréablement, d’autres fois ce personnel semble tout à fait incompétent.
    Ils sont pour la plupart ignorants des questions de la réutilisation des images et sont plutôt préoccupés par le fait qu’ils n’arrivent pas à imprimer l’acte de naissance de leur arrière-grand-mère d’un simple clic de souris. C’est à peine une carricature.

    Il faudrait un vrai travail d’échange entre AD et associations et que ces dernières ne soient pas simplement cantonnées à faire des relevés. En bénéficiant d’un soutien clair et d’une aide appuyée pour acquérir cette rigueur scientifique, une bonne connaissance des fonds de leurs AD, elles pourraient transmettre à leur tour cette connaissance des archives et aider les utilisateurs à s’y retrouver.

    En parlant des index et relevés, je trouve leur rôle néfaste car ils « désapprennent la recherche ». Ils donnent une fausse impression de facilité aux généalogistes qui prennent l’habitude de trouver facilement une information et qui ne comprennent pas pourquoi il n’en serait pas de même avec d’autres fonds non indexés. Mais ceci est un autre débat.

    • Pascale Verdier a dit :

      Je suis tout à fait d’accord avec vous, Isabelle. Je crois qu’il faudrait essayer, en lien avec les associations qui accomplissent un travail remarquable, de faire un peu de pédagogie et d’apprentissage.

      Pour moi, la recherche en archives est complexe… parce que les documents ne sont pas classés en fonction des demandes des usagers. Qui arrivent en salle de lecture en demandant : « qu’est-ce que vous avez sur ? (ma maison, mon grand-père, etc.) ». L’archiviste, au contraire, se demande : « qui a bien pu produire ce document ? dans quels fonds se trouve-t-il ? »
      C’est à nous de faire cette interface. Encore faut-il que la personne vienne sur place, et qu’elle pose les bonens questions.

      Pourquoi, en effet, ne pas travailler avec tous ceux, bénévoles, chercheurs plus confirmés, associations, qui seraient prêts à aider ? J’avais, à un moment, mis en place des « mercredis des archives », pour présenter sur certains fonds nouveaux, informer sur la manière de mener une recherche dans le Cadastre, les Hypothèques, etc. A nous d’être inventifs.
      Je relance cela en janvier, avec un zoom sur les recherches foncières, j’espère que le succès sera au rendez-vous.

      Il est remarquable de constater que la mise en ligne des actes vide les salles de lecture.

      Du coup, la majorité des gens se contentent des renseignements de l’état civil et des registres paroissiaux…
      Et c’est dommage, car il existe tant d’autres sources pour donner du corps à nos ancêtres ! dossiers d’instituteurs, de militaires, de fonctionnaires, d’hopitaux, etc. etc.

      D’accord avec vous pour dire que les relevés ne sont pas l’apha et l’oméga… Ca laisse croire que tout est simple… Combien de plaintes de ce que les actes anciens sont peu aisés à déchiffrer, qu’ils sont écrits en allemand gothique ou en latin ? Mais c’est aussi cela, la recherche.

      • Isabelle a dit :

        Comme j’aimerais être basée dans votre département et travailler avec vous pour bénéficier de vos conseils. Votre propos par sa clarté exprime parfaitement ce qu’il serait possible de faire.

        Ce qui est dommage, je parle de ma propre expérience, bien entendu, c’est que les associations qui désirent proposer des formations à leurs adhérents, pour justement les diriger vers d’autres fonds, les faire « sortir » de l’état civil, sont obligées de se préparer seules ; or, nous ne sommes pas archivistes (enfin … pour la plupart).

        Vous l’avez parfaitement dit : la recherche en Archives est complexe ! Comprendre la logique de classement des fonds, connaître les cadres de classement, naviguer dans les fonds spécifiques à son département ou à sa communes tout en articulant cette connaissance avec celle des coutumes et de l’histoire locale, de l’histoire des institutions est (même si je trouve cet apprentissage extrêmement passionnant) bien difficile ! Et c’est encore plus vrai quand on est obligé de se débrouiller tout seul.
        Paradoxalement, pour pouvoir « transmettre », il faut maîtriser tout cela, du moins si l’on veut faire preuve de rigueur, pour faire comprendre aux adhérents l’intérêt d’aller consulter des documents différents de ceux de l’état civil. Il faut savoir faire le tri entre ce qui leur sera utile ou pas …

        Expliquer au généalogiste que tout chercheur doit chercher est aussi de notre devoir en tant qu’association. C’est que nous essayons de faire et je vous assure que ce n’est pas si évident !

        Guider les généalogistes débutants et leur éviter un déplacement inutile aux AD pour la recherche d’un acte de naissance de 1960 (c’est un exemple) est aussi notre rôle.

        Expliquer le mode de navigation sur un site des AD peut être fait par les associations (il faut admettre aussi que notre public est plutôt âgé, peu familier avec l’informatique et facilement dérouté par l’interface d’un site d’archives, à fortiori s’il débute et qu’il ne « comprend pas où sont rangés les documents »).

        Comme vous, nous sommes chaque jours confrontés à des demandes du type : je cherche mon grand-père qui était instituteur, ou marin ou bagnard, ma grand-mère a été adoptée, « je trouve pas son acte de naissance » … etc, etc.

        Comment engager des partenariats Archives-Associations sur ce plan là ? Je ne sais pas et cela mérite, à mon sens réflexion. Certains services d’archives sont plus réceptifs que d’autres, certaines associations sont demandeuses, d’autres non. Cela recrée bien évidemment des inégalités.
        Affaire de personnes me direz vous, sûrement ! Mais il y a peut-être, des solutions.
        L’union fait la force et la Communication étant un art difficile, un vrai travail Archives-Associations serait, je pense bénéfique.

        J’envie et j’admire Jordi, non seulement pour son blog et son dynamisme partageur mais aussi pour avoir repris des études en archives : quel bonheur cela doit être !

        • Pascale Verdier a dit :

          Bonjour Isabelle,

          Je reviens de quelques jours de vacances et je voudrais vous remercier pour votre message très sympathique.

          Finalement, que voulons-nous ? Moi, je souhaite faire venir aux archives des gens qui n’y viennent pas, par timidité, peur, crainte de ne pas savoir…. Cela passe par des opérations grand public (type portes ouvertes, pour les journées du patrimoine ou une ouverture un dimanche pour présenter au public le logiciel sur l’état civil numérisé). Cela passe aussi, et vous l’avez indiqué dans l’un de vos messages, par une formation pointue des personnels en salle de lecture, qui doivent pouvoir répondre à toutes les questions qui sont posées… A nous aussi d’expliquer le fameux cadre de classement des documents : par exemple, il est affiché en salle de lecture « à l’envers », comme ce que font les grands magasins ! Vous cherchez un document judiciaire de l’époque moderne ? série U. Le cadre de classement est disponible « à l’endroit » aussi, c’est-à-dire avec le classement alphabétique, bien sûr.

          Cela, c’est à nous de le faire. Comme c’est à nous, je crois, d’adapter nos instruments de recherche au public, si nous voulons qu’il soit autonome. Trop souvent, nous considérons – ou nous avons considéré par le passé – que le public doit s’adapter à nos pratiques. Bien sûr il n’est pas question de remettre en cause la doctrine archivistique du « respect des fonds », mais je crois que nous pouvons aussi inventer des instruments de recherche que les gens comprennent… Finalement, c’est surtout une question de présentation.
          Nous sommes par exemple en train de développer une « base d’orientation dans les fonds », qui repose sur l’indexation des bordereaux de versement par des mots-clés. Accès un peu complexe, par thésaurus… donc a priori réservé aux chercheurs aguerris. Mais nous avons aussi prévu un « accès direct » pour les fonds les plus consultés, accessibles par des mots simples – listes électorales, recensements de population, recrutement militaire, etc.

          De même, quand nous avons réfléchi à l’outil de visualisation de l’état civil, nous avons essayé de nous mettre à la place de la personne qui fait une recherche. Et là, on s’est dit que, finalement, la fameuse « cote », élément central en Archives (elle donne « l’adresse » du document), ne servait pas à grand-chose pour les documents numérisés, donc si on ne la donnait pas au-début de la recherche, ce n’était peut-être pas la fin du monde… Bien sûr elle est présente quand même, mais seulement une fois qu’on a ouvert la première page du registre… Finalement, c’est une réelle nouveauté… C’est un détail, n’est-ce pas, mais je crois que cela change pas mal de choses. Comment mène-t-on une recherche ? Nous sommes partis de l’idée que si les documents étaient bien rangés, les gens trouveraient aisément. Nous avons donc classé les documents virtuels le plus logiquement possible. Et, quand on a eu un peu avancé, on a soumis la maquette à un groupe de lecteurs. Après tout, cet outil était pour eux.

          Mais est-ce à nous de répondre à des demandes de traduction d’actes en latin ou en allemand, des demandes de lecture d’actes anciens ? Nous ne pouvons pas tout faire seuls, et la tâche est immense. Il faudrait se partager le travail avec les associations, les chercheurs chevronnés qui auraient envie de donner de leur temps. Je n’y suis pas parvenue pour l’instant, mais je reste confiante. Les associations vont, je crois, devoir revoir leurs pratiques (les relevés) si l’indexation nominative est faite par des sociétés privées.

          Lorsque nous aurons emménagé dans notre nouveau bâtiment, nous aurons un auditorium. Je serais ravie de le mettre à disposition des associations qui auraient envie de faire des présentations de sources d’archives à leurs adhérents, ou d’organiser des conférences sur des sujets en lien avec l’histoire ou les archives. Il est plus facile parfois de passer par une association lorsqu’on débute, plutôt que de s’adresser aux Archives. Bref, il y a de la place pour tous…

          • Isabelle a dit :

            Bonjour Pascale, bonjour à tous,

            vous l’avez très bien dit, les associations doivent revoir leurs pratiques (cette question a fait l’objet de nombreux articles, elle devrait être reposée car la donne a encore changé)et les rapports Service d’archives – associations aussi.
            Je loue avec sincérité votre volonté « d’adapter » les instruments de recherche à l’usage du public, public composé de nombreux généalogistes donc non forcément formés à l’appréhension de tels objets, a contrario des chercheurs, historiens, généalogistes professionnels …
            Et par là même, on en revient au premier sujet « la communication ».
            Avoir la volonté de repenser les instruments de recherche (sans bien sûr bouleverser la doctrine du respect des fonds, comme vous le soulignez)d’une façon pédagogique donc en gardant à l’esprit, la cible à laquelle on les destine est déjà un grand pas.
            Il faut bien dire que parler de la série U ou Q ou R à un néophyte est totalement abscons pour lui. Quand nous faisons cela dans nos cours, nos adhérents ne retiennent déjà même pas la lettre qui nomme la série. Et ce n’est pas de leur faute. C’est simplement que cela n’évoque rien de concret pour eux.
            Pourquoi les généalogistes viennent souvent nous voir nous association, avant de franchir la porte des AD : c’est tout simplement, je crois parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils vont y trouver. Pour certains (beaucoup), nous nous sommes rendus compte que « mutation par décès », « registre matricules », « matrice cadastrale » n’évoquait rien pour eux (pour ne citer que ces types d’actes, sources principales de la recherche généalogique).
            Or pour chercher un document, un type d’acte, encore faut-il savoir que ce document existe…
            Donc une des clés, je crois de la communication avec le « faire connaître », « faire comprendre », « faire mémoriser » pour « faire utiliser ».

            Et là, si je sais que les services d’Archives font tous les efforts possibles, je redis à nouveau que les Associations, en tant que première « zone d’accueil » des généalogistes, ont leur rôle à jouer. Encore faut-il qu’elles en aient les moyens et qu’il n’y ait pas réticence, d’un côté comme de l’autre.

            Et je suis entièrement d’accord avec vous concernant le point relatif à la lecture des actes.

            J’ajouterai aussi que notre rôle d’association, notre devoir même, consiste aussi à imprimer une direction plus « rigoureuse » à la recherche généalogique. Expliquer comment s’y prendre pour retrouver un ancêtre, qu’il est nécessaire de recouper les sources pour obtenir une information fiable et non pas se contenter d’admettre qu’on a trouvé un acte dans lequel « la personne porte le même nom, prénom et que les dates collent donc c’est forcément mon ancêtre » ne suffit peut-être pas.

            Bref, je crois qu’il y a un gros chantier à mettre en perspective : la communication, dans tous les sens du terme et avec tous les acteurs-utilisateurs des fonds d’archives.
            Car, à mon sens, si l’engouement pour la généalogie est avéré, confirmé, le rapport au monde des archives est encore confidentiel, je dirais même élitiste.
            D’ailleurs, ce qui me surprend toujours c’est que les services d’archives cherchent toujours des référents chez les profs d’histoire au sein des établissements d’enseignement, référents qui bénéficient même parfois d’un dégagement horaire pour cette mission qui leur incombe et que la même démarche ne soit pas forcément entreprise auprès des associations.

  8. Jean a dit :

    Internet est un média délicat lorsqu’il s’agit de s’exprimer. On a beau essayer de prendre le temps d’écrire des choses qui se tiennent un peu, malgré tout, n’est pas écrivain qui veut et je me désole d’être passé aux yeux d’Espiègle pour un cadre frustré subissant un supérieur hiérarchique prototype du vieil archiviste miteux. Ce n’est pas le cas.

    Mais peut-être ai-je touché une corde sensible, car à peine dit-on que l’archiviste aurait intérêt à se remettre en cause qu’on passe pour un négligeant, un inculte ou pire, pour un frustré. Tous les archivistes publics d’aujourd’hui sont le fruit d’une longue tradition et d’une corporation d’hommes et de femmes savamment instruits, besogneux et déterminés. Ces hommes et ces femmes ont construits le système des archives tel qu’il existe dans sa solidité et sa rigueur. Ce n’est pas une raison pour ne pas faire évoluer la forme tout en conservant le fond.

    Stéphane et Isabelle expriment bien dans les messages précédents ce que je voulais dire. L’archiviste dans sa rigueur intransigeante à constituer, classer et conserver ses fonds doit s’interroger sur son quatrième pilier, la communication. Et à ne pas vouloir le faire, on s’expose à ce que d’autre le fasse sans discernement et avec une parfaite mauvaise fois (cf l’article de Jordi dont il est question ici). N’en déplaise aux partisans d’une ligne élitiste (de moins en moins nombreux d’ailleurs), mais les dépôts d’archives n’existent que parce qu’il y a des lecteurs, et c’est encore plus vrai depuis une vingtaine d’année. Nos salles de lecture et nos services ont tous bénéficié du poids considérable des généalogistes amateurs qui ont gonflé les chiffres de fréquentation et ont justifié des hausses importantes de dotations financières des services d’archives. Ces nouveaux lecteurs ont amené des exigences nouvelles, mélanges de vulgarisation et de rigueur quantitative, à cela s’est ajoutée une révolution technologique d’accès à l’information qui bouleverse encore un peu plus les choses.

    Je ne dis que cela, comme Stéphane et Isabelle, multiplions le dialogue entre les professionnelles des archives et les utilisateurs des servives d’archives, que chacun prenne conscience des contraintes et exigences des uns et des autres. Mais améliorons également la communication entre historiens et archivistes, car là aussi, il y aurait matière à bien des discussions enrichissantes. Et alors nous pourrons nous comprendre et évoluer ensemble. Le travail déjà est en marche, à travers par exemple des blogs comme ceux de jordi et Stéphane qui exposent avec rigueur, respect et pédagogie certaines problématiques ; il est en marche également par la mise en place des licences de réutilisation des données publiques, qui provoque un dialogue vraiment instructif et constructif entre association et archiviste. Seulement, comme dans toutes discussions, il faut que les uns et les autres se délestent de leurs certitudes, afin d’être en mesure d’apprendre.

  9. HERROU-Bernard a dit :

    Bonsoir à toutes et à tous,

    La Martinique à mis son patrimoine numérique en ligne, à l’adresse ci-dessous
    http://www.patrimoines-martinique.org/
    Avec mes amitiés
    Bernard Herrou

Suivez-moi sur Twitter Rejoignez-moi sur Facebook Abonnez-vous à mon RSS