Métamorphose

Un an

Un an. Il y a près d’un an que j’ai pris cette décision qui, depuis, a changé beaucoup de choses dans ma vie. Après avoir été ingénieur agricole, après avoir été brièvement entrepreneur web, j’ai décidé, enfin, de me poser une question fondamentale. Qu’avais-je vraiment envie de faire de ma vie ? Assez curieusement, j’ai remarqué alors que je ne m’étais jamais posé cette question jusque là. Ou en tout cas, que je n’y avais jamais trouvé de réponse.

Ma passion pour la généalogie m’avait fait découvrir une institution qu’avant cela, ne connaissant pas vraiment, j’assimilais vaguement à une sorte de bibliothèque spécialisée : les Archives. Le contact avec les actes anciens, de toutes natures, avait progressivement fait naitre une nouvelle passion, directement issue de la première. J’étais tombé amoureux du document. Pas du livre, non : du document. Mais pas non plus du document « documentaliste», non : du document « utilitaire ». Celui qui sert ou qui a servi à quelque chose de précis. Celui qui a permis à quelqu’un de faire valoir un droit, celui qui a été utile pour mener à bien une action, celui qui a été produit dans le cadre d’une activité et qui peut, aujourd’hui, servir la recherche : le document d’archive.

Voici donc pourquoi j’ai décidé de devenir archiviste.

Un an pour une métamorphose(Metamorphosis | ஆ ன ந் த ம் / a n a n d h a m | Flickr| CC by-nc-sa)

Allez savoir pourquoi, cela fait également un an (jour pour jour aujourd’hui) que j’ai publié mon premier billet sur ce blog. De manière involontaire, ou en tout cas inconsciente, ce blog est devenu, et il l’est toujours, un espace de réflexion personnelle sur un certain aspect des archives. Grâce à lui, j’ai pu approfondir cette réflexion. Grâce à lui, j’ai pu, doucement, commencer à entrer dans le monde des archives. Grâce à lui, j’ai rencontré des gens, virtuellement d’abord, puis « IRL » pour certain-e-s, qui menaient la même réflexion. A quoi servent les Archives ? Comment s’intègrent ces institutions séculaires dans notre société actuelle ? Quels sont les défis auxquels elles sont confrontées ? C’est donc à vous, les commentateurs, les blogueurs et les twitteurs, que je dis merci pour m’avoir aidé dans ce cheminement.

Ma formation m’a, bien entendu, apporté d’autres pistes de réflexion. Venu aux Archives par l’aspect historique, je remarquai alors l’importance fondamentale que la gestion du document d’archive représentait à tous les niveaux de notre société. Non seulement pour sa mémoire, mais également pour son fonctionnement quotidien. C’est donc également à mes professeurs que je dis merci. Et particulièrement à deux d’entre eux (elles se reconnaitront si, d’aventure, elles me lisent) qui m’ont offert la possibilité de mener à bien mon projet et qui, par leurs enseignements, m’ont permis de découvrir que j’étais non seulement attiré, mais également véritablement passionné par le monde des archives.

Enfin, je dis merci à tous ceux qui, nombreux, haussaient un sourcil lorsque je leur parlais de ma reconversion, à tous ceux qui ne comprenaient même pas qu’il faille faire des études pour « ranger des papiers dans des boîtes ». Ils m’ont permis, eux aussi, à force de leur répondre et de justifier mon choix, de faire progresser ma réflexion.

Certains d’entre vous le savent, je suis maintenant en stage depuis 2 semaines aux Archives départementales des Hautes-Pyrénées. Outre la découverte du fonctionnement d’un service, sous toutes ses facettes, je dois également y traiter un fonds. Quand j’ai découvert, pour la première fois, ces documents non classés qui m’attendaient, j’ai ressenti quelque chose que je n’ai d’abord pas compris. Mais quand, pour la première fois, j’ai retiré une liasse, que je l’ai déposée sur ma table et que je l’ai ouverte pour en découvrir le contenu, alors là, oui, j’ai compris ce que cela signifiait. Cela signifiait que je prenais conscience de mon nouvel état. J’avais terminé ma transformation, ma métamorphose.

Car aujourd’hui, c’est sûr, je suis archiviste.

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17 commentaires

  1. Genealonet a dit :

    Joyeux double anniversaire ;o)

    Je trouve super que tu aies franchi le pas pour faire de ta passion ton boulot. Quelle formation as-tu faite pour devenir archiviste ?

  2. Si tu me permets, Jordi, je fais un (long, désolé) commentaire dans l’autre sens : pourquoi je ne suis plus archiviste.

    Il y a 31 ans de cela, j’ai découvert la généalogie. Et qui dit généalogie dit archives. Forcément. J’ai dû rentrer dans ma première salle de lectures, j’avais 16 ans. La révélation. Et dès que j’y suis rentré, je me suis dit : je serais archiviste. Trop bien !!!!

    J’ai d’abord voulu passer par la « voie noble » : L’Ecole des Chartes. J’ai même fait 2 bacs pour cela, pour me voir refuser à chaque fois l’entrée à la prépa. Pas le bon bac, pas la bonne mention…

    J’ai laissé tomber pendant 4 ans mes amours pour partir dans la gestion des entreprises mais je m’ennuyais loin d’elles. J’y suis retourné : licence, maîtrise puis DESS à Mulhouse. Cela m’a permis de bosser en Suisse, d’inventer un cadre de classement. De travailler sur la préservation des documents. Je me sentais dans un monde où j’étais bien mais il manquait quelque chose. Quoi ? Je n’en savais rien. Pourtant le côté créatif de mes 6 mois en Suisse, j’avais adoré.

    Mais je n’avais pas perdu espoir d’entrer à l’Ecole des Chartes. La possibilité d’y entrer directement sans passer par la prépa venait d’être mise en place. J’ai tenté ma chance. Recalé une troisième fois. J’ai rencontré le directeur qui m’a dit qu’ils voulaient des historiens (ce que je n’étais pas à l’époque), pas des archivistes. Scrogneugneu ! Tant pis ! Elle n’était pas pour moi.

    Je me suis dit alors qu’il me fallait devenir historien. Retour à Toulouse en maîtrise d’histoire. La généalogie est revenue, différemment. J’ai fait une recherche sur les mariages entre cousins dans le village de mon grand-père.

    Soutenance de la maîtrise, une des membres du jury me dit que j’ai une approche très ethnologique. Cela ne m’intéresserait pas de continuer dans ce domaine ? Et pourquoi pas ? Direction l’EHESS de Toulouse et un DEA en anthropologie de la parenté. J’en ai profité pour bosser en bibliothèque en même temps quelques mois.

    A la fin du DEA, les concours venaient d’être mis en place pour entrer dans la fonction publique. J’ai tenté mais pas mon truc. J’ai présenté des candidatures en lisant Télérama. Nada. Toujours rien au bout d’un an dans le domaine des archives. Pourtant, Dieu sait que j’ai passé des entretiens.

    Seule possibilité : bosser dans un centre de formation deux ans, en mi-temps, pour m’occuper de la documentation. Puis un an à mener un chantier d’insertion dans le patrimoine. Cette année-là a été une deuxième révélation. Toujours le côté créatif. Et toujours le côté recherche.

    Et ces trois années m’ont permis de comprendre que ce qui m’intéressait, ce qui était ma force vitale, là où je prenais mon pied véritablement, ce n’était pas les archives, le classement de celles-ci (se questionner sur la série W, beurk!) mais la recherche. Et être à mon compte, pas salarié, surtout pas. Et encore moins dans le fonctionnariat. D’où mon métier actuel.

    J’en ai discuté par correspondance (un courrier par semaine) pendant presque 3 ans avec une amie archiviste, pour être vraiment sûr de mon choix. Je ne regrette rien. Je m’amuse depuis 11 ans dans mon métier. Sans compter les heures.

    Mais je te rejoins dans le fait que, quand je disais que je voulais être archiviste, les gens me regardaient bizarrement. Surtout quand j’avais entre 13 et 18 ans. Il veut être quoi, lui ? Et moi aussi, j’ai dû justifier, expliquer, faire connaître parfois à des conseillers d’orientation cette filière. Mais je crois que cela fait du bien aussi. Cela permet d’être au clair avec soi-même, de savoir si on a vraiment cette fibre ou pas.

    Mais j’ai laissé tomber le côté classement des archives sans problème.Pas par dépit. Mais par amour pour la recherche.

    J’ai été long, désolé. Une autre expérience sur un même métier au départ.

    • Jordi a dit :

      Merci Stéphane pour ton message très intéressant. Effectivement, pour être archiviste, il faut aimer l’ingénierie documentaire. Si c’est le contenu du document qui t’intéresse, il vaut mieux être chercheur ;-)

      Sur ce, je te laisse et vais me questionner sur la série W d’un pas impatient ^^

  3. Sophie BOUDAREL a dit :

    Joyeux anniversaire à ton blog et félicitations pour ta reconversion. Quoi de plus beau que de vivre ses rêves ?

  4. Herrou Bernard a dit :

    Joyeux anniversaire. Dans la vie, il faut être obstiné, si on veut atteindre le but fixé. L’obstination n’est pas un défaut,c’est une qualité.
    Amitiés
    Bernard Herrou

  5. Pascale Verdier a dit :

    Ce qui me plaît dans les archives, qui est un métier que j’ai choisi, en dépit de son image trop souvent poussiéreuse et des difficultés pour y arriver, c’est précisément que sans moi, sans l’intervention des archivistes, d’abord au moment de la collecte puis au moment du classement, les chercheurs ne pourraient pas écrire l’histoire, faute de matériau ordonné.
    C’est un métier de médiateur, de passeur, un métier humble, où un travail scientifique poussé profite à d’autres… Prenons la numérisation. Sous l’apparente simplicité du résultat final, se cache tout un processus : comment mène-t-on une recherche ? comment rendre accessible ce qui est complexe ? Ceci a nécessité un nombre d’heures de travail qu’il est préférable de ne pas compter, et beaucoup, beaucoup de matière grise et de dévouement des personnels.
    Bref, un vrai service public…
    Pour être archiviste, il faut aimer l’histoire, et les documents, et les archives contemporaines. Monsieur Cosson, les documents anciens qui font vos délices ont été des documents d’usage courant. Moi, la série W me passionne autant que la série H, pour les initiés.
    Et j’assume pleinement d’être archiviste, même si les gens ne comprennent généralement pas pourquoi je ne suis pas plutôt conservatrice de musée…

    • Madame Verdier,

      J’ai bien conscience que les documents anciens qui font mes délices ont été auparavant d’usage courant. Ils ont toujours été contemporains à une époque.

      Il n’y aurait pas eu de série W, je serais resté archiviste. Mais la DUA, les trois âges des archives, les tableaux de gestion, le préarchivage, le fait que tout soit mis en une seule série à partir du 10 juin 1940 et qu’on s’y retrouve par le biais d’indexation… Déjà que je ne suis pas un fan de l’histoire du XXe. C’était pas mon truc.

      Par contre, je me suis éclaté à classer un fonds d’élections municipales, à créer un cadre de classement pour un fonds de ponts et chaussée dans le Canton du Jura avec des documents en français et en allemand (alors que mes notions de cette langue dataient du lycée). A m’intéresser à la restauration des documents, à aller chercher de l’information sur ce sujet auprès de restaurateurs, de laboratoires spécialisés. Je pouvais mettre cette distance que je ne pouvais mettre avec des documents trop récents à mon goût.

      Ce côté démiurge de la série W me gênait beaucoup. Peut-être aussi que mes professeurs en archivistique n’ont pas su me faire passer le bon message à ce sujet. Où que je me prenais trop le chou. C’était quand même il y a 20 ans. Je me souviens d’un de mes professeurs en archivistique qui me disait : « Vous n’êtes pas historien ? Vous n’êtes pas archiviste et vous ne le serez jamais! Je ne veux pas d’archiviste juriste » (ce qui était ma formation préalable, en gestion on est plus près du droit que de l’histoire). J’espère que Jordi n’entend plus cela de ses professeurs !

      Alors je suis retourné en salles de lecture sans regret. En tant que cehrcheur. Où mes connaissances en archivistique me permettent d’y être comme un poisson dans l’eau. Elles me permettent aussi de mieux former mes élèves généalogistes parce que je n’hésite pas à leur donner des lettres de série. Et à leur expliquer le cadre de classement.
      Parce que, ayant été des deux côtés de la barrière, j’ai pleinement conscience du travail nécessaire que vous faites. PArce que j’ai du respect pour votre travail.

  6. Anonyme a dit :

    Il faut toujours essayer de vivre de sa passion.

  7. Peu renaud a dit :

    Bravo pour cette audace, je me reconnais dans votre volonté de travailler dans sa passion, votre exemple me fait beaucoup réfléchir… Bon courage

  8. PaPhlip a dit :

    En espérant que cette métamorphose ait beaucoup d’effets-papillon !
    Bonne continuation

  9. Fred a dit :

    Bonjour à tous,

    Cette question me titille depuis fort longtemps aussi ! Il faut vivre de sa passion bon sang d’bon sang :)
    Bravo donc Jordi !

    Fred, en mode « je franchis le cap à mon tour… »

  10. Fred a dit :

    Sans souci ! Je débute en mode « léger » par le statut d’auto entrepreneur car avec deux bambins en bas âge, je ne peux prendre le moindre risque inconsidéré, mais s’il y a de la demande, et surtout, si je suis à la hauteur, je me lance « pour de vrai » :)

    Bonne chance à toi dans tes études ! J’aurai adoré bosser en Archives, mais j’ai trop de bordel dans ma tête il parait :)

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