To be, or not to be ? |AD 65

[Concours] Drôles d’objets …

Les services d’archives sont des lieux où l’on trouve des documents d’archives.

Mouais.

Mais pas que.

Tous les services d’archives conservent, quelques part entre les parchemins et les disques durs, des objets plus étonnants les uns que les autres. Souvent attachés à des dossiers « classiques », souvent judiciaire, ils auraient tous leur place dans un musée. Oui, mais voilà, à part les agents du service, généralement tout le monde en ignore l’existence.

J’ai donc décidé d’organiser un petit concours. Archivistes, généalogistes, historiens, vous avez connaissance de l’un de ces objets insolites ? Décrivez-le ici, en commentaire ou par le biais du formulaire de contact. Je veux savoir quel est cet objet, mais aussi (surtout) connaître sa petite histoire, la raison de sa présence dans un service d’archives, puisque c’est souvent ce qui en fait tout le piment. Si vous avez une photo à mettre en ligne, signalez-le dans le message et je vous contacterais par mail.

Les propositions seront ensuite examinées par un jury impartial et sans pitié : les lecteurs de ce blog. A gagner : la gloire éternelle de se voir remettre le prix de l’objet le plus insolite.

Bien entendu, j’ouvre le bal en vous proposant deux objets conservés aux :

Archives départementales des Hautes-Pyrénées.

  1. J’ai l’honneur de vous présenter Mesdames les Ursulines.
  2. To be, or not to be ? |AD 65

    Lors de la construction du bâtiment, dans les années 1930, ces quelques ossements avaient été mis au jour sur les lieux de l’ancien couvent des Ursulines qui a donné son nom à la rue où se trouve le service. Ces restes humains (probablement des moniales enterrées sur place) constituent donc le premier dépôt arrivé dans ce bâtiment. Tout ça n’est absolument pas réglementaire, mais aucun musée archéologique n’existe sur Tarbes. C’est donc tout naturellement que les Archives départementales les ont conservés. Aujourd’hui, Mesdames les Ursulines (elles sont au moins deux) sont rituellement présentées à tout nouvel arrivant dans le service. C’est chic, non ?

  3. Autre curiosité : ce collier. Il s’agit d’un collier de chien, utilisé pour la chasse à l’ours.
  4. Aïe ! | AD 65

    Bien sûr, les piques sont normalement tournées vers l’extérieur afin de blesser l’ours. Dans les années 1960, un maître avait décidé de punir son chien en retournant le collier. Le gros morceau de bois avait pour but, en pendant, de tirer un peu plus sur le collier pour que les piques pénètrent bien dans le cou du pauvre animal. Horrifiés par un tel traitement, les voisins avaient porté plainte contre le tortionnaire qui a dû répondre de ses agissements devant le tribunal correctionnel. C’est donc en tant que pièce à conviction que cet objet est arrivé dans le service.

Voilà. Pas mal non ? Alors à vous maintenant, j’attends vos propositions. Le concours est ouvert pendant une semaine. Les votes interviendront donc après ce délai.

Voici vos propositions :

Archives nationales  (site de Fontainebleau)

  1. un porte-clé Panda (extrait des fonds du WWF, en tant que production promotionnelle de l’association) (contribution de Damien)
  2. une seringue sécurisée (dans un dossier du cabinet du ministre de la Santé, relatif à la prévention du Sida, avec des documents expliquant l’intérêt de ce nouveau modèle). (contribution de Damien)

Archives départementales de Haute-Garonne

  1. Un couteau meurtrier, pièce à conviction. (contribution de Charlottae)

Archives municipales de Lyon

  1. Une robe de mariée, offerte par les Américains à la Ville de Lyon pour le mariage des jeunes filles pauvres. Finalement elle n’a jamais servi, elle a été exposée il y a 2 ans. On aurait dit un fantôme. (contribution de Charlottae)

Archives municipales de Meyzieu

  1. Du matériel de la guerre 1914-1918 (obus, douilles, casque, gourde trouée par une balle…). Le plus étrange était un petit sachet rempli de terre, avec cette inscription « terre et sang de Verdun ». (contribution de Charlottae)
    Du matériel de la première guerre mondiale | AM Meyzieu

    Du matériel de la première guerre mondiale | AM Meyzieu

    Terre et sang de Verdun | AM Meyzieu

    Terre et sang de Verdun | AM Meyzieu

Archives de la Cathédrale de Canterbury

  1. Le cabinet des merveilles d’un chanoine collectionneur : Bargrave. L’objet en lui-même est absolument magnifique et il renferme quantité d’objets « exotiques » dont le clou est le « french man’s finger ». Vous pouvez découvrir le tout ici : Cabinet des merveilles de Bargrave (contribution de Thomas)

Archives départementales de la Nièvre

  1. Des biberons en verre (récupérés dans un fonds de l’Assistance). (Contribution de Thomas)
  2. Une bonbonne en verre, assez volumineuse, collectée lors du sauvetage des archives… d’une verrerie. (Contribution de Thomas)
  3. La pierre tombale de Charles Roy (bienfaiteur de l’hôpital de Nevers au XVIIIe, situé en face des AD), sauvée de je ne sais plus quel péril par le conservateur de l’époque. (Contribution de Thomas)

Archives départementales de Vendée

  1. Le traditionnel herbier. Que rêver de mieux que de volumineux registres de la sous-série 1T (instruction publique) pour conserver quelques brins de muguet vieux d’un siècle ?
    L’histoire ne dit pas si, en pleine inscription des candidates à la session 1901 du brevet de capacité, l’employé(e) de l’inspection académique a furtivement caché à son supérieur puis oublié les clochettes printanières offertes par un(e) soupirante.
    Une découverte – pas extraordinaire en archives, mais toujours inattendue – qui fait sourire et charme l’archiviste un siècle plus tard.  (Contribution de Maïwenn)
Du muguet dans un registre | AD85 - 1T664

Du muguet dans un registre | AD85 - 1T664

Archives du canton de Nidwald (Suisse)

Un jeu de carte de Jass, vieux de 500 ans, retrouvé dans la couverture d’un registre de  procès-verbaux du XVIème siècle. L’article qui en parle est ici (inscription nécessaire) et m’a été signalé par Charlottae.

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24 commentaires

  1. Béatrice a dit :

    Mais mon cher Jordi, sache que des objets peuvent être des documents. Voir à ce sujet les travaux de Suzanne Briet, notamment la définition du document, expliquée par Marie-France Blanquet sur Savoirs CDI.

    La réflexion très profonde de Suzanne Briet, sur le document lui doit la célèbre description : « The lady and the Antelope ». Elle définit, en effet, le document de façon très large incluant : « tout indice concret ou symbolique, conservé ou enregistré aux fins de représenter, de reconstituer ou de prouver un phénomène ou physique ou intellectuel ». Elle veut étendre la notion de document aux objets naturels à partir du moment où ils sont utilisés comme éléments de démonstration : « Un document est une preuve à l’appui d’un fait ». Le document étant une base de savoir peut donc être un objet matériel, autonome, stable et durable. Il est conservé et catalogué de façon à pouvoir être consulté.
    « Une étoile est-elle un document ? Un galet roulé par le torrent est-il un document ?», interroge-t-elle avec beaucoup de poésie. Prenant pour exemple la découverte d’une nouvelle espèce d’antilope, elle répond oui et explique : « L’antilope qui court dans les plaines d’Afrique ne peut être considérée comme un document… Mais si elle est capturée… et devient un objet d’études, on la considère alors comme un document. Elle devient une preuve physique ». Cet animal fait l’objet de communications scientifiques, les médias en parlent, les cinéastes le filment et enregistrent ses cris. L’antilope est ainsi à l’origine de tout un ensemble de documents diversifiés à l’origine d’un classement scientifique établi par le zoologiste. Les documents seront traités et classés dans les bibliothèques. L’antilope devient bien dans ce cas un document ! « Les articles scolaires écrits sur l’antilope sont des documents secondaires, car l’antilope elle-même est le document premier. La pierre dans la rivière n’est pas un document. La pierre dans un musée est un document. Une étoile dans le ciel n’est pas un document, une photographie d’étoile, l’est »

    http://www.cndp.fr/savoirscdi/index.php?id=525

  2. Marie Noëlle a dit :

    Bonjour,

    Je suis très mal à l’aise avec les restes des religieuses que je me refuse à qualifier de documents d’archives ou de pièces archéologiques !. Par respect pour elles (ce ne sont pas des dinosaures), une sépulture décente me semble s’imposer ainsi qu’un contact avec l’Evèché.
    Bien cordialement

    • Jordi a dit :

      Le cas des restes humains est effectivement très intéressant d’un point de vue éthique. Surtout qu’en théorie, ils n’auraient jamais dû se retrouver ici.
      Effectivement, en tant que moniales, ont peut supposer qu’elles accordaient un grande importance au fait d’être inhumées en terre consacrée. Ce n’est pas précisément le cas des boîtes Cauchard, convenons-en. Mais que faire ? Les confier à l’évêché ? L’employeur est-il compétent pour déterminer le lieu de sépulture ? Je n’en suis pas sûr.
      D’ailleurs, est-on sûr qu’il s’agisse d’Ursulines ? Pas vraiment en fait. C’est une supposition, c’est tout.

      Ensuite, le fait de sacraliser les restes humains des temps jadis, ne peut-il pas mener à la fin de toute recherche historique et archéologique ? Que faisons-nous de Toutankhamon ? Que faisons-nous de Lucy ? N’ont-ils pas droit eux aussi à une sépulture décente ? Depuis plusieurs mois, le museum de Toulouse expose des squelettes pour une exposition sur la préhistoire. Est-ce indécent ?

      Question difficile à trancher en fait.

      • Raphaël a dit :

        Ensuite, le fait de sacraliser les restes humains des temps jadis, ne peut-il pas amener à la fin de toute recherche historique et archéologique ? Que faisons-nous de Toutankhamon ? Que faisons-nous de Lucy ? N’ont-ils pas droit eux aussi à une sépulture décente. Depuis plusieurs mois, le museum de Toulouse expose des squelette pour une exposition sur la préhistoire. Est-ce indécent ?

        Tout à fait d’accord, c’est une question d’éthique très difficile à trancher. Il n’y a pas de réponse simple :-)

  3. Raphaël a dit :

    Très belle idée et jolis « documents ». Idem que Marie-Noëlle à propos des restes des moniales : même à défaut d’un musée archéologique, il est dommage de les garder dans un lieu inadapté.

    À force de vouloir tout conserver et archiver, on en oublie aussi que les restes humains n’ont pas forcément à aller dans un musée ou des archives : on peut aussi les ré-enterrer, pourquoi pas ? :-)

    J’ai également déjà trouvé quelques « objets » coincés au milieu de vieux papiers de famille. Rien d’aussi interloquant mais j’essaierai d’en choisir un ou deux à présenter ici :)

  4. Damien a dit :

    Bonjour,

    les Archives nationales conservent, à Fontainebleau, quelques objets étonnants :

    - un porte-clé Panda (extrait des fonds du WWF, en tant que production promotionnelle de l’association)

    - une seringue sécurisée (dans un dossier du cabinet du ministre de la Santé, relatif à la prévention du Sida, avec des documents expliquant l’intérêt de ce nouveau modèle).

    J’en oublie, et des meilleurs !!!

    Cordialement

  5. Charlottae a dit :

    Bonjour!

    @Marie-Noëlle, sans vouloir me faire avocat du diable, tout être (qui a été) vivant mérite le respect, les dinosaures inclus.

    Sinon aux Archives départementales de la Haute-Garonne, où j’ai fait mon stage, il y a un couteau qui a malheureusement servi(preuve judiciaire);-)…Jordi, Geneviève Douillard intervient toujours? Parce qu’elle pourrait en parler!
    Aux Archives municipales de Lyon, il y a une robe de mariée, offerte si je me souviens bien par les Américains à la Ville de Lyon pour le mariage des jeunes filles pauvres. Finalement elle n’a jamais servi, elle a été exposée il y a 2 ans pour je ne sais plus quelle exposition et on aurait dit un fantôme ;-)
    Je ne crois pas avoir de photos pour ces « drôles de documents », mais je regarderai si j’ai d’autres choses!

  6. Charlottae a dit :

    Ah si mais c’est bien sûr! J’en avais même fait un article! Aux archives municipales de Meyzieu il y a un carton rempli de matériel de la guerre 1914-1918 (obus, douilles, casque, gourde trouée par une balle…). Le plus étrange était un petit sachet rempli de terre, avec cette inscription « terre et sang de Verdun »…j’ai quelques photos si cela t’intéresse!

  7. La précédente exposition des AD du Tarn portait justement sur ces objets insolites qu’elles ont dans leurs cartons Cauchard. Je ne sais pas si elles ont fait un livret explicatif de l’expo mais cela vaudrait peut-être le coup de le leur demander. Qu’en penses-tu ?

    • Jordi a dit :

      Effectivement, ce serait très intéressant, je pense.

    • Daphné a dit :

      En fait, cette exposition a fait l’objet d’un catalogue intitulé « Curiosités d’archives », qu’on peut leur acheter pour la modique somme de 5€. C’est très intéressant de voir la diversité des objets qu’ils ont mais cela manque un peu d’explications, notamment concernant leur entrée aux Archives :)

  8. Thomas a dit :

    Au hasard des rayonnages des AD de la Nièvre :
    - collection de tampons administratifs (sans originalité, ça se retrouve ailleurs) ;
    - biberons en verre (récupérés dans un fonds de l’Assistance) – certains sont exposés au Musée du Costume à Château-Chinon ;
    - une bonbonne en verre, assez volumineuse, collectée lors du sauvetage des archives… d’une verrerie ;
    - je ne sais pas si ça compte (et ça se retrouve ailleurs aussi) : colliers, rubans, épinglés dans les registres d’enfants abandonnés ;
    - du matériel pour le tirage au sort des conscrits ;
    - pour faire écho aux Ursulines : la pierre tombale de Charles Roy (bienfaiteur de l’hôpital de Nevers au XVIIIe, situé en face des AD), sauvée de je ne sais plus quel péril par le conservateur de l’époque.

    Mais mon champion, toutes catégories : aux Archives de la cathédrale de Canterbury, dans le fonds d’un chanoine collectionneur, Bargrave : une foule d’objets « exotiques », dont le clou est le « French man’s finger ». J’ai des photos d’une partie de la collection, pas de sa pièce maîtresse, (mal)heureusement.

  9. Jordi a dit :

    J’ajoute à l’instant un joli brin de muguet plus que centenaire de la part de Maïwenn.

    • Bon ça ne vaut pas une petite culotte dans un fonds privé (sic) ou les pièces à conviction des archives judiciaires, trouvés par d’autres.
      L’espoir fait vivre : le brin de muguet n’est sans doute qu’un début de carrière !

  10. Daphné a dit :

    Cet article est très intéressant et ce qui est dit dans les commentaires aussi. On peut effectivement ce questionner sur l’éthique de conserver des restes humains dans un musée ou un fonds d’archives. Cela me rappelle l’exposition OurBody qui a eu lieu il y a quelques années à Paris et qui a posé un très gros problème éthique qui m’a fait penser à Lucy et aux anciens pharaons…
    Cela dit, merci pour cet article ! Mon mémoire se trouve enrichi grâce à toi. You’re the best ! :D

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