Les services d’archives sont des lieux où l’on trouve des documents d’archives.
Mouais.
Mais pas que.
Tous les services d’archives conservent, quelques part entre les parchemins et les disques durs, des objets plus étonnants les uns que les autres. Souvent attachés à des dossiers « classiques », souvent judiciaire, ils auraient tous leur place dans un musée. Oui, mais voilà, à part les agents du service, généralement tout le monde en ignore l’existence.
J’ai donc décidé d’organiser un petit concours. Archivistes, généalogistes, historiens, vous avez connaissance de l’un de ces objets insolites ? Décrivez-le ici, en commentaire ou par le biais du formulaire de contact. Je veux savoir quel est cet objet, mais aussi (surtout) connaître sa petite histoire, la raison de sa présence dans un service d’archives, puisque c’est souvent ce qui en fait tout le piment. Si vous avez une photo à mettre en ligne, signalez-le dans le message et je vous contacterais par mail.
Les propositions seront ensuite examinées par un jury impartial et sans pitié : les lecteurs de ce blog. A gagner : la gloire éternelle de se voir remettre le prix de l’objet le plus insolite.
Bien entendu, j’ouvre le bal en vous proposant deux objets conservés aux :
Archives départementales des Hautes-Pyrénées.
- J’ai l’honneur de vous présenter Mesdames les Ursulines.
- Autre curiosité : ce collier. Il s’agit d’un collier de chien, utilisé pour la chasse à l’ours.
Lors de la construction du bâtiment, dans les années 1930, ces quelques ossements avaient été mis au jour sur les lieux de l’ancien couvent des Ursulines qui a donné son nom à la rue où se trouve le service. Ces restes humains (probablement des moniales enterrées sur place) constituent donc le premier dépôt arrivé dans ce bâtiment. Tout ça n’est absolument pas réglementaire, mais aucun musée archéologique n’existe sur Tarbes. C’est donc tout naturellement que les Archives départementales les ont conservés. Aujourd’hui, Mesdames les Ursulines (elles sont au moins deux) sont rituellement présentées à tout nouvel arrivant dans le service. C’est chic, non ?
Bien sûr, les piques sont normalement tournées vers l’extérieur afin de blesser l’ours. Dans les années 1960, un maître avait décidé de punir son chien en retournant le collier. Le gros morceau de bois avait pour but, en pendant, de tirer un peu plus sur le collier pour que les piques pénètrent bien dans le cou du pauvre animal. Horrifiés par un tel traitement, les voisins avaient porté plainte contre le tortionnaire qui a dû répondre de ses agissements devant le tribunal correctionnel. C’est donc en tant que pièce à conviction que cet objet est arrivé dans le service.
Voilà. Pas mal non ? Alors à vous maintenant, j’attends vos propositions. Le concours est ouvert pendant une semaine. Les votes interviendront donc après ce délai.
Voici vos propositions :
Archives nationales (site de Fontainebleau)
- un porte-clé Panda (extrait des fonds du WWF, en tant que production promotionnelle de l’association) (contribution de Damien)
- une seringue sécurisée (dans un dossier du cabinet du ministre de la Santé, relatif à la prévention du Sida, avec des documents expliquant l’intérêt de ce nouveau modèle). (contribution de Damien)
Archives départementales de Haute-Garonne
- Un couteau meurtrier, pièce à conviction. (contribution de Charlottae)
Archives municipales de Lyon
- Une robe de mariée, offerte par les Américains à la Ville de Lyon pour le mariage des jeunes filles pauvres. Finalement elle n’a jamais servi, elle a été exposée il y a 2 ans. On aurait dit un fantôme. (contribution de Charlottae)
Archives municipales de Meyzieu
- Du matériel de la guerre 1914-1918 (obus, douilles, casque, gourde trouée par une balle…). Le plus étrange était un petit sachet rempli de terre, avec cette inscription « terre et sang de Verdun ». (contribution de Charlottae)
Archives de la Cathédrale de Canterbury
- Le cabinet des merveilles d’un chanoine collectionneur : Bargrave. L’objet en lui-même est absolument magnifique et il renferme quantité d’objets « exotiques » dont le clou est le « french man’s finger ». Vous pouvez découvrir le tout ici : Cabinet des merveilles de Bargrave (contribution de Thomas)
Archives départementales de la Nièvre
- Des biberons en verre (récupérés dans un fonds de l’Assistance). (Contribution de Thomas)
- Une bonbonne en verre, assez volumineuse, collectée lors du sauvetage des archives… d’une verrerie. (Contribution de Thomas)
- La pierre tombale de Charles Roy (bienfaiteur de l’hôpital de Nevers au XVIIIe, situé en face des AD), sauvée de je ne sais plus quel péril par le conservateur de l’époque. (Contribution de Thomas)
Archives départementales de Vendée
- Le traditionnel herbier. Que rêver de mieux que de volumineux registres de la sous-série 1T (instruction publique) pour conserver quelques brins de muguet vieux d’un siècle ?
L’histoire ne dit pas si, en pleine inscription des candidates à la session 1901 du brevet de capacité, l’employé(e) de l’inspection académique a furtivement caché à son supérieur puis oublié les clochettes printanières offertes par un(e) soupirante.
Une découverte – pas extraordinaire en archives, mais toujours inattendue – qui fait sourire et charme l’archiviste un siècle plus tard. (Contribution de Maïwenn)
Archives du canton de Nidwald (Suisse)
Un jeu de carte de Jass, vieux de 500 ans, retrouvé dans la couverture d’un registre de procès-verbaux du XVIème siècle. L’article qui en parle est ici (inscription nécessaire) et m’a été signalé par Charlottae.

Le [Concours] Drôles d’objets … par Papiers et poussières, sauf mention contraire expresse, est publié sous licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 France Licence.
Categories:Archives
Mots-clé: Archives, concours, insolite
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Membre du collectif SavoirsCom1
Mais mon cher Jordi, sache que des objets peuvent être des documents. Voir à ce sujet les travaux de Suzanne Briet, notamment la définition du document, expliquée par Marie-France Blanquet sur Savoirs CDI.
http://www.cndp.fr/savoirscdi/index.php?id=525
Coucou Béa, je suis content de te croiser ici
Effectivement, le collier dont je parle ici est indéniablement un document et sa place dans un service d’archives est totalement justifiée. Il s’agit ici d’une pièce à conviction qui fait partie du dossier d’instruction. Il procède donc d’une activité. Pas de doute à ce sujet.
Portail trés intéressant.
Cordialement
Archivesenlignes
http://www.archivesenlignes.com
Bonjour,
Je suis très mal à l’aise avec les restes des religieuses que je me refuse à qualifier de documents d’archives ou de pièces archéologiques !. Par respect pour elles (ce ne sont pas des dinosaures), une sépulture décente me semble s’imposer ainsi qu’un contact avec l’Evèché.
Bien cordialement
Le cas des restes humains est effectivement très intéressant d’un point de vue éthique. Surtout qu’en théorie, ils n’auraient jamais dû se retrouver ici.
Effectivement, en tant que moniales, ont peut supposer qu’elles accordaient un grande importance au fait d’être inhumées en terre consacrée. Ce n’est pas précisément le cas des boîtes Cauchard, convenons-en. Mais que faire ? Les confier à l’évêché ? L’employeur est-il compétent pour déterminer le lieu de sépulture ? Je n’en suis pas sûr.
D’ailleurs, est-on sûr qu’il s’agisse d’Ursulines ? Pas vraiment en fait. C’est une supposition, c’est tout.
Ensuite, le fait de sacraliser les restes humains des temps jadis, ne peut-il pas mener à la fin de toute recherche historique et archéologique ? Que faisons-nous de Toutankhamon ? Que faisons-nous de Lucy ? N’ont-ils pas droit eux aussi à une sépulture décente ? Depuis plusieurs mois, le museum de Toulouse expose des squelettes pour une exposition sur la préhistoire. Est-ce indécent ?
Question difficile à trancher en fait.
Tout à fait d’accord, c’est une question d’éthique très difficile à trancher. Il n’y a pas de réponse simple
Très belle idée et jolis « documents ». Idem que Marie-Noëlle à propos des restes des moniales : même à défaut d’un musée archéologique, il est dommage de les garder dans un lieu inadapté.
À force de vouloir tout conserver et archiver, on en oublie aussi que les restes humains n’ont pas forcément à aller dans un musée ou des archives : on peut aussi les ré-enterrer, pourquoi pas ?
J’ai également déjà trouvé quelques « objets » coincés au milieu de vieux papiers de famille. Rien d’aussi interloquant mais j’essaierai d’en choisir un ou deux à présenter ici
Raphaël, j’attends tes objets avec impatience
Bonjour,
les Archives nationales conservent, à Fontainebleau, quelques objets étonnants :
- un porte-clé Panda (extrait des fonds du WWF, en tant que production promotionnelle de l’association)
- une seringue sécurisée (dans un dossier du cabinet du ministre de la Santé, relatif à la prévention du Sida, avec des documents expliquant l’intérêt de ce nouveau modèle).
J’en oublie, et des meilleurs !!!
Cordialement
Merci, contribution enregistrée
Bonjour!
@Marie-Noëlle, sans vouloir me faire avocat du diable, tout être (qui a été) vivant mérite le respect, les dinosaures inclus.
Sinon aux Archives départementales de la Haute-Garonne, où j’ai fait mon stage, il y a un couteau qui a malheureusement servi(preuve judiciaire);-)…Jordi, Geneviève Douillard intervient toujours? Parce qu’elle pourrait en parler!
Aux Archives municipales de Lyon, il y a une robe de mariée, offerte si je me souviens bien par les Américains à la Ville de Lyon pour le mariage des jeunes filles pauvres. Finalement elle n’a jamais servi, elle a été exposée il y a 2 ans pour je ne sais plus quelle exposition et on aurait dit un fantôme
Je ne crois pas avoir de photos pour ces « drôles de documents », mais je regarderai si j’ai d’autres choses!
Non, Geneviève Douillard n’intervient plus en licence.
Contribution enregistrée
Et voilà ! Les photos sont en place !
Ah si mais c’est bien sûr! J’en avais même fait un article! Aux archives municipales de Meyzieu il y a un carton rempli de matériel de la guerre 1914-1918 (obus, douilles, casque, gourde trouée par une balle…). Le plus étrange était un petit sachet rempli de terre, avec cette inscription « terre et sang de Verdun »…j’ai quelques photos si cela t’intéresse!
Contribution enregistrée. Je t’ai envoyé un mail pour les photos.
La précédente exposition des AD du Tarn portait justement sur ces objets insolites qu’elles ont dans leurs cartons Cauchard. Je ne sais pas si elles ont fait un livret explicatif de l’expo mais cela vaudrait peut-être le coup de le leur demander. Qu’en penses-tu ?
Effectivement, ce serait très intéressant, je pense.
Au hasard des rayonnages des AD de la Nièvre :
- collection de tampons administratifs (sans originalité, ça se retrouve ailleurs) ;
- biberons en verre (récupérés dans un fonds de l’Assistance) – certains sont exposés au Musée du Costume à Château-Chinon ;
- une bonbonne en verre, assez volumineuse, collectée lors du sauvetage des archives… d’une verrerie ;
- je ne sais pas si ça compte (et ça se retrouve ailleurs aussi) : colliers, rubans, épinglés dans les registres d’enfants abandonnés ;
- du matériel pour le tirage au sort des conscrits ;
- pour faire écho aux Ursulines : la pierre tombale de Charles Roy (bienfaiteur de l’hôpital de Nevers au XVIIIe, situé en face des AD), sauvée de je ne sais plus quel péril par le conservateur de l’époque.
Mais mon champion, toutes catégories : aux Archives de la cathédrale de Canterbury, dans le fonds d’un chanoine collectionneur, Bargrave : une foule d’objets « exotiques », dont le clou est le « French man’s finger ». J’ai des photos d’une partie de la collection, pas de sa pièce maîtresse, (mal)heureusement.
Merci Thomas,
Contributions enregistrées
J’ajoute à l’instant un joli brin de muguet plus que centenaire de la part de Maïwenn.
Bon ça ne vaut pas une petite culotte dans un fonds privé (sic) ou les pièces à conviction des archives judiciaires, trouvés par d’autres.
L’espoir fait vivre : le brin de muguet n’est sans doute qu’un début de carrière !
Les archives judiciaires sont sans doute LA source d’objets insolites dans les AD.
Ceci dit, la petite culotte, c’est pas mal aussi °_°