Quennevières 1915

Publié le 17 juin 2015, 1 Commentaire

Les plus anciens visiteurs de ce blog se souviennent peut-être qu’il y a 5 ans, je consacrais l’un de mes premiers billets à une maison qui appartient à ma famille depuis plusieurs  siècles. J’avais notamment insisté sur tous les trésors qu’elles pouvait renfermer.

Parmi ceux-ci, j’avais mentionné l’existence d’un carnet tenu par mon arrière-grand-père durant la Première guerre mondiale.

Ce carnet commence par les premiers jours de front de leur auteur.

René Barthe, 22 ans, étudiant en médecine, est affecté depuis le 14 juin 1915 au 264ème régiment d’infanterie, en tant que médecin auxiliaire. Il va donc vivre les derniers instants de la bataille de Quennevières, dans l’Oise.

Ce n’est bien entendu pas durant l’assaut que René Barthe a pu trouver le temps d’écrire ce compte rendu. Il s’y attèle une fois la bataille terminée en rédigeant quatre articles d’un coup,  le 17 juin 1915.

Il tiendra ensuite ce carnet régulièrement à jour pendant près d’un an avant de se lasser. Le dernier article date du 12 avril 1916.

Durant ces quelques mois, René Barthe va alterner les descriptions de batailles sanglantes et les réflexions plus personnelles. Certains textes font preuve d’une très grande maturité littéraire pour un jeune homme de 22 ans. L’horreur et la poésie alternent, parfois au sein d’un même article, donnant à l’ensemble une force impressionnante.

C’est cette force qui a fait dire à tous ceux qui ont lu ce carnet qu’il fallait en faire quelque chose. Je l’ai donc retranscrit et j’ai proposé aux deux derniers enfants toujours en vie de René Barthe de publier chaque article sur internet, 100 ans jours pour jour après sa rédaction.

Marie-Renée et Jacques ont été enchantés par le projet et ont immédiatement donné leur accord. Mon frère, Romain, dont c’est le métier, s’est ensuite attelé à la réalisation technique.

René Barthe ayant intitulé son carnet « Quennevières, 1915« , c’est également le nom que porte le site :

www.quennevieres1915.fr

Nous sommes aujourd’hui le 17 juin 2015. Les quatre premiers articles ont donc été écrits il y a 100 ans jour pour jour. Je vous invite dès maintenant à les lire et à les faire lire.

Marie-Renée et Jacques, ce travail vous est bien entendu dédié.

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11 mois. Voici 11 mois que je n’avais rien publié sur ce blog. Il faut dire qu’en termes de réutilisation des données publiques d’archives, l’actualité était plutôt calme.

La directive européenne est toujours en attente de transcription en droit français. Les craintes soulevées par le pré-projet de loi sur le patrimoine se sont un peu dissipées, les articles inquiétants ayant disparu dans la dernière version. Les licences de réutilisation proposées par les Archives municipales de Toulouse semblent intéresser pas mal de monde. Bref, nous étions dans un temps mort. Et si les choses étaient loin d’être réglées, elles semblaient (timidement, certes) s’orienter dans le bon sens.

Il y avait bien ce jugement favorable au Conseil général de la Vienne, mais il était tellement fragile juridiquement qu’il était évident que l’appel allait le casser. D’ailleurs, le rapporteur public, la semaine dernière, en demandait l’annulation.

Un temps mort, donc.

Las. A la surprise générale, la Cour administrative d’appel vient, de nouveau, de donner raison au Conseil général. Revenons d’abord sur le fond du jugement.

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prison

Dès son arrivée au ministère de la culture, Aurélie Filippetti avait promis de revoir en profondeur le code du patrimoine. Elle en avait fait son cheval de bataille. Les reports successifs et le récent remaniement ont bien failli la priver de voir l’aboutissement de ce projet. Finalement maintenue dans ses fonctions, il y aura bien une « loi Filippetti sur le patrimoine ».

J’avais personnellement espéré beaucoup de choses de cette loi. Il me semblait que c’était l’occasion rêvée de codifier la loi CADA en l’intégrant au livre des archives du code du patrimoine. Le libre accès aux documents administratifs, ainsi que le droit à la libre réutilisation ont toute leur place au sein du chapitre 3 portant sur le régime de communication. Codifier la loi 78-753 aurait de plus été totalement en phase avec la volonté politique actuelle d’ouverture des données publiques.

Le moins que l’on puisse dire est que j’ai été amèrement déçu.

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Open | Joonas Vainio | CC by-nc

C’est probablement une petite révolution dans le monde de la réutilisation des contenus culturels. Les Archives municipales de Toulouse viennent en effet de publier leur nouveau règlement de réutilisation, qui vient tout juste d’être adopté par le Conseil municipal.

Pour la première fois, un service d’archives se dote d’un règlement permettant une libre réutilisation de ses ressources, tout en empêchant tout phénomène d’enclosure.

Ayant eu, dans le cadre professionnel, le plaisir de participer à la rédaction de ce règlement, je voudrais revenir ici sur ce projet et en expliquer le principe.

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Chaine rouillée | ToNToN CoPT | CC by-nc-sa

Simon Chignard a publié hier, sur son blog donneesouvertes.info, un billet très intéressant. Il s’y interroge sur la nature des données mises à disposition par les administrations sur les différents portails open data.

Il constate notamment, pour résumer, un problème dans la qualité des jeux de données. Elles souffrent, selon lui, d’un manque de contextualisation qui peut parfois rendre difficile leur interprétation et donc leur exploitation par les réutilisateurs.

D’un autre côté, il souligne le fait que de nombreux réutilisateurs ont besoin de données brutes. Les fichiers contenant autre chose que les données elles-mêmes (notamment des informations sur leur signification ou la façon de les interpréter) peuvent nuire à une exploitation peu ou prou automatisée.

Il termine en s’interrogeant sur la responsabilité de l’administration dans l’amélioration de la qualité des données mises à dispositions. Celles-ci doivent être à la fois “brutifiées” et contextualisées, les deux ne pouvant s’opposer. Sur quel maillon de la chaîne de mise à disposition ces opérations doivent-elles reposer ? Sur le service producteur, ou sur le gestionnaire du portail open data ?

Ces constats et ces interrogations ont résonné de façon particulière chez l’archiviste que je suis.

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Du 20 au 22 mars se tenait le forum de l’AAF, à Angers.

J’y suis intervenu sur le thème de la politique des biens communs de la connaissance et son intérêt pour la gestion du patrimoine culturel.

Pour les absents (même s’ils ont toujours tort), je publie ici le Prezi, en version audio.

Lancez-le, installez-vous confortablement, cliquez sur lecture et laissez-vous porter par le son suave de ma douce voix…

 

Voici également le lien vers la version sans les commentaires audio.

Winterlandschaft Minimal | landplage | CC by-bc-nd

Sale temps pour les biens communs. Les appropriations semblent être à la mode chez les institutions culturelles. Alors que la Bnf accorde des exclusivités sur des œuvres du domaine public, que le Conseil Général de la Charente décide de faire payer l’accès à l’état civil en ligne, celui de la Vienne apporte un nouveau coup au principe des biens communs.
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Combien sont-ils ? 75, 80 ? La quasi-totalité des services d’Archives départementales diffusent aujourd’hui des documents numérisés sur internet. Au total, en 2011, plus de 191 millions de pages numérisées étaient ainsi disponibles gratuitement en ligne. Gratuitement ? Presque…

Dans l’immense majorité des cas, la gratuité s’est effectivement imposée d’elle-même. Seuls trois départements ont fait un choix différent : la Meurthe-et-Moselle, la Savoie et le Calvados. Les deux premiers ont fait marche arrière depuis le 1er janvier 2012, mais le Calvados continue aujourd’hui à faire payer (200 € l’année !) la consultation en ligne des documents numérisés et entend bien défendre sa position.

À l’heure où il se murmure que le Conseil général de la Charente s’apprêterait à adopter la même démarche, nous devons combattre ce modèle. Pourquoi ?

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La porte s'ouvre

Voilà maintenant 2 ans que je suis « l’affaire Notrefamille » et il a fallu qu’elle connaisse son dénouement (définitif ?) alors que j’étais en plein déménagement, sans connexion internet puis dans les cartons jusqu’au cou.
Le destin est parfois cruel avec les blogueurs…

Il y a un mois, la Cour administrative d’appel de Lyon a rendu son arrêt dans le cadre du litige qui opposait Notrefamille.com au Conseil général du Cantal. Des analyses ont déjà été faites, notamment par l’excellent Lionel Maurel du blog S.I.Lex ; je vais donc aujourd’hui me contenter d’en faire un résumé avant d’examiner les enjeux qui en découlent pour la réutilisation des informations publiques à caractère culturel.

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CG31 - Archives départementales - 2 E IM 6985

En 2008, lorsque le législateur a modifié le code du patrimoine, il a réduit significativement un certain nombre de délais de communicabilité de documents d’archives. Ainsi, par exemple, les registres de naissance de l’état civil sont devenus communicables au bout de 75 ans, contre 100 ans auparavant. La conséquence majeure a été de rendre publics des documents contenant des informations nominatives de personnes encore bien vivantes.
Parallèlement, les services publics d’Archives diffusent, depuis près d’une décennie maintenant, des reproductions de documents qu’ils conservent, au premier rang desquels figurent l’état civil, mais également bon nombre d’autres documents contenant des informations nominatives.
La question s’est donc posée de savoir que faire des documents devenus communicables mais dont les informations concernent des individus potentiellement toujours vivants. En effet, communiquer n’est pas diffuser. Permettre à tous de venir consulter un registre dans un service d’archives est une chose, le mettre sur la toile à disposition immédiate du monde entier en est une autre.

En la matière, les services d’archives ont donc « navigué à vue » pendant plusieurs années. Certains, comme par exemple le département du Cantal, se sont à peu près calé sur le code du patrimoine. Ainsi y trouve-t-on en ligne des registres de naissance jusqu’en 1932, c’est à dire avec un délai de 80 ans après leur clôture, alors qu’en Haute-Garonne ce délai est porté à 100 ans.

Consciente du flou qui existait, la CNIL, seule compétente en matière de traitement informatique de données personnelles, a délibéré pour clarifier la situation. Cette délibération, publiée au Journal Officiel le 27 avril, aura sans doute de grandes conséquences sur le fonctionnement des sites de services publics d’Archives. Décortiquons-la pour en savoir plus.

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